Le pressentiment

Hier soir, c’était une chouette d’avant-première en compagnie de Jean-Pierre Darroussin et de la belle Valérie Stoh.

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour changer de vie, Charles Benesteau décide un beau jour de quitter sa famille et ses privilèges et de s’installer seul rue Saint-Maur dans un modeste appartement. Sa sœur et ses deux frères tentent par tous les moyens de convaincre Charles de faire marche arrière. Comment une personne issue de la haute bourgeoisie peut-elle sombrer comme cela et côtoyer les salauds de pauvres ? C’est également la question que se pose sont ex-femme, son fils et sa maitresse. Charles s’en fout. Il parvient très facilement à s’abstraire du réel en ne vivant pas la situation qui existe autour de lui. Il est ailleurs.

Peut-être dans l’écriture d’un livre. Son cahier noir et son Mont-Blanc semblent être ses seuls objets indispensables.


« Il y a une chose qui me surprend, c’est que j’ai pu atteindre l’âge de 47 ans sans me rendre compte de toutes les faveurs dont j’ai bénéficié. »

C’est ce qu’il écrit un jour sur son petit cahier.

Charles est toujours avocat. Il donne des conseils juridiques dans son nouveau quartier. Son appartement lui sert de bureau. Avocat n’est qu’un prétexte. Cela lui permet d’avoir une visibilité sociale. Il ne se fait pas toujours payer car ses clients semblent le plus souvent démunis. Il se moque de l’argent. Il peut vivre sa crise d’adolescence en toute tranquillité car il sait finalement qu’il est à l’abri du besoin. Son frère lui fait d’ailleurs remarquer. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout de sa démarche en abandonnant ses droits sur la société familiale et sur son héritage ?

Thomas Jozic frappe un beau jour à sa porte. Il souhaite divorcer de sa femme. Il est certain d’être cocu et lui demande de l’aider à conserver la garde de sa fille. Quelques jours plus tard, Thomas frappe violemment sa femme. Il est immédiatement incarcéré. Sa femme est hospitalisée. Leur jeune fille de 13 ans est confiée à des voisins. Finalement, elle atterri quelques jours plus tard chez Charles qui demande à une voisine couturière, Isabelle Chevasse (Valérie Stroh) d’emménager chez lui pour s’occuper de la jeune fille.
On s’attache facilement à ce petit monde. On a envie de secouer Charles, de le prendre dans ses bras. Cet homme semble être un vrai gentil. Il ne renie pas ses origines bourgeoises ni sa famille. Il souhaite vivre socialement différemment. Cela ne l’empêche pas de rester élégant dans sa présentation et élégant dans ses propos. Charles, c’est la classe.


Jean-Pierre Darroussin avec des cheveux

Ce film est la première réalisation de Jean-Pierre Darroussin qui s’est également attaqué, en compagnie de Valérie Stoh, au scenario de cette adaptation du roman éponyme d’Emmanuel Bove publié dans les années 30. Il semble être encore ému de cette aventure. Le scenario est excellent, mais c’est avant tout le jeu des acteurs qui porte le film. Toutes les catégories sociales sont minutieusement disséquées. Les Thénardier et les bourgeois crétins, les bobos et les pauvres en situation très précaire. Certaines scènes vont certainement rester dans les annales. Celle consacrée à une discussion sur l’œuvre de Gustave Moreau est croustillante. L’attitude d’Eugénie, la nouvelle «aide de maison », est à se pisser dessus.
Cerise sur le gâteau, l’immeuble où habite Charles est vaste, ce qui permet de mettre en scène une multitude d’individus, du vieux voisin à la concierge toxique, en passant par les petits vieux qui ont peur de se faire expulser de leur logement.


Jean-Pierre Darroussin avec moins de cheveux mais avec une jolie moustache

La fin du film est habilement mise en scène. Plusieurs interprétations sont possibles. La conclusion facile pourrait être profite de l’instant présent et ne te soucie pas de l’aspect matériel de la vie. Cela semble être un peu plus compliqué que cela. Dans tous les cas, on passe vraiment un moment délicieux en compagnie de Charles et ses nouveaux amis.

Délicieux moment n’est pas la meilleure définition des scènes de torture de « Hardcandy » où un photographe péd0phile se fait habilement torturer par une adolescente de 14 ans. J’ai passé quelques minutes les yeux fermés et les oreilles bouchées ne supportant pas le maniement des armes blanches. On pense que tout est fini. Mais non. C’est un empilement de couches jusqu’à l’écœurement. Bon scénario mais on est vraiment content de voir défiler le générique. C’est dégueulasse (oui, bon, je sais, c’est interdit aux moins de 16 ans).

8 commentaires sur “Le pressentiment

  1. Tres bon film…mais cruellement realiste…
    Au fait roidetrefle….quelle critique de film, quelle finesse de style…tu vas bientot etre contacte par Telerama pour ecrire pour eux…(ca va, j’en fais pas trop?)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *