L’insatisfaction

Il y a quelques années de cela, je suivais le blog d’un trentenaire qui racontait certaines parties de sa vie avec un recul et un détachement déconcertants. J’avoue ne plus me souvenir de son nom. Il semblait issu d’un milieu assez aisé. Je l’imaginais travailler dans le milieu de la finance. Il décrivait sa mère comme une rentière. Ses relations familiales et sentimentales semblaient complexes. Il pouvait avoir un regard cruel sur lui et les autres. Ses écrits étaient imprégnés d’un ton mélancolique, très particulier. Très chic. Alors qu’il semblait tout avoir, il s’ennuyait. Sa famille l’ennuyait, il ne trouvait plus de plaisir dans le travail, et son quotidien lui paraissait fade. Son écriture était fluide. Les mots étaient choisis. Il me fascinait.

Je ne sais pas ce que ce blogueur est devenu. Il a peut-être cessé de travailler, fondé une famille, ou plus simplement trouvé sa voie. Je pense souvent à ses billets. Certainement parce qu’une partie de moi s’identifie aujourd’hui à lui. Je ne viens pas du même milieu. Si être aisé est ne pas craindre un découvert en fin de mois, ne pas connaitre le montant de sa facture d’électricité, alors je suis aisé. Je quitte mon domicile de bonne heure. Je rentre tard. Je me couche tôt. Je planifie les fins de semaines, à Paris ou ailleurs. Je prépare des vacances au bout du monde. J’assiste à des concerts, j’arpente les musées, je lis, je marche dans Paris, je lève la tête, je baisse les yeux, je rêve d’un temps qui n’existe plus, je rêve de jours meilleurs. Je suis seul. Je m’ennuie terriblement. Je dis que je m’ennuie terriblement. Le temps passe. Tic tac. Je sais que je suis gâté par la vie, et que je ne mérite certainement pas tout ce qui m’est offert.

Parfois il me prend à penser à disparaitre. Vendre ou donner mes biens, quitter la France et partir pour un pays très lointain. Quitter sa famille, ses amis, quelques connaissances, et refaire ma vie. Partir de zéro, ne pas être jugé. Ne manquer à personne. Retrouver un travail, ailleurs. Je prends même un certain plaisir à penser à ma nouvelle vie, à l’imaginer, à la fantasmer. Rêver de ne plus s’ennuyer. Rêver de rencontrer de bonnes personnes. Rêver de devenir quelqu’un de bien. Il y a toutefois très peu de chances que je décide de tirer un trait sur ma vie car je suis lâche, et tiens in fine à mon confort de petit bourgeois. Je suis donc destiné à me noyer dans l’ennui, me plaindre et me transformer en personnage aigri par une vie sans vraiment de saveur. Sans trouver la clé qui me permettrait d’apprécier ce que la vie me donne au quotidien.

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